LA SOURCE INÉPUISABLE DE JOIE

Extrait des premières pages de l'ouvrage

 

UN CADEAU POUR MES FRÈRES

Ce matin, je m'assois sur le bord de la fenêtre et j'attends le spectacle quotidien appelé lever de soleil.

Mon esprit n'a pas encore laissé la place aux soucis et à bien d'autres distractions illusoires, et je suis pleinement disponible pour ce que je sais qui va se produire dans peu de temps.

Innocente comme une enfant, impatiente et pleine d'espoir, je fixe mon regard sur l'endroit de l'horizon où, d'habitude, se montre le disque solaire en premier chaque matin.

Le voilà ! Le soleil émerge, ballon de feu, coloré du plus beau des rouges, formant un cercle d'une parfaite rondeur.

Devant cette scène, je suis émerveillée.

Je ne peux me fatiguer de la regarder encore et encore, cette scène si ancienne, si nouvelle.

Et soudain, une voix douce me dit:  "Regarde ton visage maintenant."

Je cherche donc la réflexion de mon image dans le verre de la vitre, près de moi.

Je suis surprise, car je reconnais à peine ce qui devrait m'être le plus familier.

A la place du connu, une paire de yeux brillants me regarde, une paire de lèvres, qui laisse paraître un sourire à peine perceptible, me sourit.

A ce moment, je ressens un amour jamais ressenti, une paix si longtemps cherchée et jamais atteinte.

Est-ce cela, le Paradis ?

Et la voix me dit: "Va partager cela avec tes frères!"

Ce que je suis en train de faire ...

 

*   *   *

 

LA TERRE FÉCONDE DU DON DE SOI

Dans la réalisation de l'illusion du devenir, tu t'aperçois de la vanité de tes actes.

Ton intention : le devenir.

Le résultat : la souffrance.

Déracine les pousses qui ont germées dans la terre du devenir.

Elles donneront aucun fruit.

La terre du devenir est loin de toi, en dehors de toi.

La terre féconde s'appelle "don de soi".

Donne-toi, anéantis-toi complètement, afin qu'il ne reste rien.

Pure réception, immaculée.

Le Seigneur sèmera sur cette terre la graine de l'Arbre de l'Immortalité.

Cet arbre donnera les Fruits de l'Immortalité à tous ceux qui cherchent avec ferveur, comme toi.

C'est le Seigneur Qui arrosera cet Arbre.

Tu seras seulement témoin.

Remplace ta volonté et ton impatience par la patience et la foi, car c'est ta confiance qui sera l'engrais.

 

*   *   *

 

L'EGO

L'ego n'existe pas.

Essaie de le trouver et tu le chercheras en vain.

Il n'est ni en dehors de toi, ni en dedans.

Ton esprit l'a inventé, comme beaucoup d'autres choses.

Mais tu n'en es pas convaincu, donc tu le gardes vivant, et tu t'identifies avec.

En le nourrissant avec tes pensées et tes croyances, le mirage arrive à tromper ton oeil.

Regarde une seule fois ton mirage en face, et il se dissoudra.

Il disparaîtra avec tous les souvenirs bons et mauvais, avec le monde entier que tu t'es créé.

Car ce monde n'a plus d'utilité pour toi.

Tu as dévoilé son impermanence, donc tu n'y investis plus tous tes efforts et tous tes moyens.

L'image que tu as créée à ton égard est très favorable, et pour cela tu t'y attaches.

En même temps, tu projettes en dehors de toi les impressions et perceptions défavorables, car elles mettent en danger ton château de sable.

Dans des moments de fatigue et de découragement, tu vois la vanité de tes désirs et de tes illusions, et le château de sable retourne à la mer.

Jusqu'au moment suivant, où un nouveau fantôme sort des profondeurs de l'océan pour surgir à la surface de ta conscience.

Tu le regardes, tu le reconnais, et tu le nommes.

Ainsi, un nouvel objet est créé dans ton monde imaginaire.

Il te tiendra compagnie pour un moment, jusqu'au prochain doute qui suit inévitablement la manifestation des choses et des événements, de même que l'ombre est inséparable de son origine.

Dès maintenant, tu commences à analyser la chose, à interpréter ses mouvements.

Tantôt comme ceci, tantôt comme cela.

A chaque jugement prononcé, l'objet change son apparence : la fée devient sorcière et la grenouille se transforme en prince charmant.

Mais qu'est-ce qui change en vérité ?

La chose ou ta vision de la chose ?

Et une autre bulle de savon, si jolie, si colorée, éclate en ne laissant derrière elle qu'un vague souvenir de joie et de bonheur.

Le moi a beaucoup de besoins.

Il désire tant de choses de ce monde pour survivre.

Comme le fantôme qui n'apparaît qu'à celui qui croit en son existence, l'ego n'a de densité que pour celui qui y accroche son espoir de bien-être et de sécurité.

Celui qui cherche la sécurité dans le Soi, qui se réfugie dans la Maison de Dieu, indestructible et éternelle, ne souffre pas de ces tourments déchirants qui sont le compagnon fidèle du voyageur errant, ivre des plaisirs mondains.

Il reconnaît le mirage aussitôt qu'il tente de le séduire.

Et le mirage se dissout.

Le moi a l'impression de pouvoir influencer son destin.

Il croit, à chaque instant, devoir prendre des décisions et faire des choix.

Car un chemin lui semble préférable à un autre.

L'un lui promet prospérité et bonheur, l'autre le menace par la promesse de la souffrance.

Comme il se prend pour l'acteur et le contrôleur, il essaie de diriger le flux des bonnes et mauvaises expériences à son bénéfice.

S'il lui arrive d'obtenir la preuve d'avoir bien décidé, en éprouvant joie et excitation pendant un court instant, il commence à se rêver roi tout-puissant, assis sur son trône d'orgueil.

L'instant suivant, le pendule change de côté et lui procure souffrance, tristesse et frustration.

Et le roi découronné rêve son rêve d'échec personnel et d'impuissance.

Le pendule bouge - de gauche à droite, de droite à gauche; du rêve de pouvoir au rêve d'impuissance, et retour.

Sans cesse, sans fatigue.

Le moi est fasciné par ce jeu et y prête beaucoup d'attention, beaucoup d'importance.

Il agit comme un petit chaton qui court après tout ce qui bouge.

Il court, il court, jusqu'à l'épuisement.

Mais chaque fois que le pendule touche du coté de l'impuissance, il devient plus humble.

Chaque fois qu'il lâche-prise, qu'il s'abandonne à son destin, il reconnaît que la vraie humilité n'est pas la dévalorisation de soi et le sacrifice morose, mais un rappel de Dieu pour retourner à la Maison.

Le jeu du mouvement incessant cesse de fasciner le petit chat.

Et Celui Qui tient les fils de la marionnette le ramène chez Lui.

Dans Sa Demeure, il se ressource, il devient Un avec son Créateur Qui réveille en lui le vieux souvenir de la Joie sans cause, de l'Amour sans condition.

Le voyageur fatigué reprend ses forces pour un nouveau tour dans son monde de rêves.

Mais qui est-ce, ce voyageur errant ?

Qui est celui qui bouge - et celui qui reste    immobile ?

Sont-ils deux - sont-ils un ?

D'où vient-il ?

Où est-il maintenant?

Où va-t-il ?

Est-il dans le mouvement ou reste-t-il intouché par le mouvement qui est en dehors de lui ?

Ce Je, ce Moi Suprême, est-il encore quelqu'un ?

Et une autre bulle de savon éclate ...

 

*   *   *